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13.01.2006

Précarisation de l'emploi et représentation syndicale. Une publication de l'IRES - France

L’IRES publie une nouvelle livraison de sa revue Chroniques Internationales, un numéro spécial consacré cette année à « Précarisation de l’emploi et représentation syndicale » (les articles de ce numéro sont téléchargeables ici). Ce numéro spécial reprend la formule habituelle : quelques articles de synthèse au plan international sur le sujet ; une série d’articles nationaux, concernant cette année, dans l’ordre du sommaire, les Pays Bas, le Danemark, la Suède, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni, les États-Unis, enfin le Japon.

L’ensemble du numéro illustre abondamment la réalité sociale multiforme de la précarité au sein de chacun des pays examinés. Les deux articles de synthèse soulignent ce qui paraît constituer un paradoxe fort et pourtant peu surprenant. L’article de Carole Tuchszirer montre que la réalité sociale de la précarité est tout aussi multiforme en comparatif international que dans les cadres nationaux. Il est en effet plus aisé de définir la précarité par ce qu’elle n’est pas que par ce qu’elle est. En particulier le rappelle très justement l’auteure, d’un pays à l’autre, y compris au sein de l’Europe, les mêmes catégories statistiques renvoient fréquemment à des réalités sociales radicalement distinctes : le temps partiel, l’emploi dit temporaire. L’article de Christian Dufour et d’Adelheid Hege montre qu’en dépit de cette réalité multiforme, on observe partout les même difficultés des syndicalismes à représenter des populations dont la présence même questionne les systèmes de sécurisation de l’emploi pour lesquels ils ont tant combattu.

On notera les articles consacrés au Royaume Uni (Florence Lefresne) et aux États-Unis (Yannick Fondeur) : deux pays que l’on présente non seulement comme les chantres du libéralisme mais comme le paradis (ou l’enfer selon le point de vue que l’on adopte !) de la précarité.

Florence Lefresne rappelle que le travail temporaire est au Royaume Uni moins important qu’il ne l’est ailleurs au sein de l’Union Européenne, bien qu’il y soit très peu réglementé. C’est bien l’exemple de ce qu’affirme Carole Tuchszirer à propos des catégories statistiques : un salarié sous contrat permanent peut y être en situation de forte précarité. Temporaire ne veut pas dire forcément précaire.

Yannick Fondeur montre comment l’image d’un emploi fort peu réglementé et très précaire est pour les États-Unis très incorrecte, voire fausse. Les réglementations y existent, peuvent même y être très contraignantes. Mais elles ne sont pas de même nature qu’en France. Elles passent peu par la voie législative au niveau fédéral, beaucoup par la jurisprudence des tribunaux ou la réglementation locale des états, sans parler évidemment des conventions collectives d’entreprise. Les problématiques syndicales nous paraissent elles aussi très étranges. La syndicalisation y est une procédure collective et non individuelle, organisée sous le contrôle de l’administration. Elle concerne tous les personnels d’une entreprise dite syndicalisée, lorsqu’une majorité du personnel parvient à imposer la syndicalisation. Il n’empêche qu’ici comme ailleurs (ou peut-être plus qu’ailleurs ?), sous des formes certes particulières, les syndicats peinent à représenter les précaires, à se détacher de l’image d’une organisation plus soucieuse des intérêts de ses membres que de l’intérêt général des salariés.

Enfin, comme l’état du marché du travail est aux États-Unis comme au Royaume-Uni marqué par un faible chômage et de fortes embauches, l’employabilité y est forte, mais au prix de rémunérations et de qualités d’emploi réduites. Dans ces deux pays, le débat sur la précarité porte moins sur le statut de l’emploi et les protections qui lui sont associées que sur la rémunération et la qualité de ce que les britanniques et les américains appellent les bad jobs. Soit 1/3 du total des emplois américains. Quant au Royaume-Uni, les emplois cumulant l’ensemble des caractéristiques que l’on associe aux bad jobs (bas salaires, pas de congés maladie, pas de retraite, pas de carrière possible) y restent en effectifs modérés : 1 emploi salarié sur 10. Mais lorsque l’on comptabilise ces critères de façon séparée, le tableau change : plus de ¼ des emplois y seraient à bas salaire, près de 40% sans congés de maladie, près de 40 % sans retraite. Surprenant, n’est-il pas ?

Triste choix pourrait-on dire lorsque l’on compare avec la France : accepter un emploi à très faible rémunération, peu de retraites, pas de couverture maladie ; ou risquer un chômage long, voire sans autre perspective que l’aide sociale ? Choix incontournable pourtant, tant que les syndicats ne parviendront pas à représenter aussi les populations précaires.

IRES, « Précarisation de l’emploi et représentation syndicale », Chronique Internationale, n° 97, novembre 2005, 142 p.

http://www.ires-fr.org/files/publications/chronique%20int...

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Commentaires

Enfin la reprise tant attendue !
Jolie note synthétique...
Et merci d'être d'accord avec moi... pour une fois ;-)
(tu as vu, j'ai tenu compte de tes remarques... pour une fois aussi !)

Ecrit par : Yannick | 13.01.2006

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