25.04.2006

Mythes et faits sur l’allongement des horaires de travail en Europe

Le secrétariat de la Confédération Européenne des Syndicats propose une note (malheureusement en anglais) qui tente de faire le point sur les « Mythes et faits sur l’allongement des horaires de travail en Europe ». On peut la consulter sur le site de la CES, ici.

Son premier objectif est de donner une information plus correcte que ce que l’on peut fréquemment lire dans la presse lorsque celle-ci met en valeur les cas d’entreprise ayant récemment allongé leurs horaires de travail. La note soutient en effet que a) ces cas sont relativement isolés, il n’y aurait pas de tendance générale à l’allongement des horaires et b) lorsque les durées de travail ont été allongées, les employeurs ont du concéder d’importantes contreparties, en particulier sur les garanties d’emploi. Elle rappelle en particulier le contenu de quelques accords collectifs conclus récemment dans les entreprises allemandes (Siemens, Daimler Chrysler, Thomas Cook, Karstadt, Volkswagen, Opel, secteur textile, secteur public), françaises (Bosch, SEB, Potain), belges, néerlandaises voire autrichiennes (métallurgie), qui ont pu défrayer la chronique.

Son deuxième objectif est de rappeler les conclusions de trois études, l’une néerlandaise, l’autre allemande, enfin anglaise, qui à l’issue de travaux de simulation, concluent que l’allongement des horaires ne favorise pas l’emploi. Si l’effet de compétitivité peut favoriser un pays qui adopte une telle politique, cet effet disparaît lorsque ce sont tous les pays qui au sein de l’UE, adoptent tous cette même politique.

Enfin dernier objectif, cette courte note donne quelques exemples de stratégies de négociation alternatives, diamétralement opposées à la réduction des salaires et à l’allongement des horaires de travail, et pourtant capables d’améliorer la performance des emplois et des travailleurs et au bout du compte de favoriser l’emploi : l’accord renégocié en Suède en février 2004 par le syndicat LO ; l’accord national signé en Finlande en novembre 2004 ; les accords belges sur les fonds de formation ; quelques cas « exemplaires » recensés par l’inventaire réalisé en mai 2003 de concert par les syndicats et l’organisation patronale néerlandais et concernant les innovations sociales impulsées par la négociation collective.
Il s’agit au bout du compte de montrer que la stratégie de réduction des couts salariaux et d’allongement des temps de travail ne peut être gagnante, dès lors qu’elle est adoptée par tous. La note soutient que l’Europe doit s’engager sur le chemin de l’innovation, de la spécialisation sur les marchés et les activités où elle possède un avantage compétitif. Le mouvement syndical peut y contribuer en engageant les travailleurs dans un processus de transformation des emplois dans le sens d’une plus grande performance, et d’acquisition par les travailleurs de nouvelles compétences.

Un très bref commentaire : alors qu’en France, on ne cesse de rappeler la réussite actuelle des pays scandinaves ou même des Pays Bas, en ce qui concerne le chômage, pour mieux vanter les mérites de la flexibilité comme instrument d’accroissement de l’emploi et de réduction du chômage, on s’aperçoit ici que ces mêmes pays exemplaires prônent certes la flexibilité (la fameuse flex sécurité des néerlandais ou des danois), mais ne paraissent pas vraiment embarqués dans une stratégie d’allongement des horaires et de réduction des coûts salariaux. Mais sans doute y a-t-il bien d’autres éléments de la question dont il faudrait tenir compte et qui ne pouvaient évidemment pas être présents dans cette courte note. Mais après tout, nombreux sont les travaux qui se veulent très scientifiques, qui se limitent pourtant à l’examen d’un très petit nombre de « variables », pour en déduire des implications de politiques de l’emploi aussi générales que définitives.

Ecrire un commentaire