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02.05.2006

La stabilité d’emploi aux États Unis aurait peu évolué depuis 30 ans

On peut télécharger ici un document de travail (version provisoire en anglais, document pdf) d’Ann H. Stevens de l’université de Californie, Davis.

Ce document tente d’évaluer si les salariés américains ont aujourd’hui (1998) une moindre stabilité d’emploi que 30 ans auparavant (1969). Pour cela, il compare les anciennetés d’emploi des salariés en fin de carrière à ces deux dates.

Selon l’auteure, le premier résultat de sa recherche est de constater que la stabilité d’emploi des hommes américains ne se réduit pas. L’ancienneté dans l’emploi était pour les hommes âgés de 58 à 62 ans de 21,9 ans en moyenne en 1969, de 22 ans en 1998. L’auteure observe également que l’ancienneté dans l’emploi s’accroît avec le niveau d’éducation, qu’elle est plus élevée pour les hommes blancs que pour les non blancs, que la situation s’est améliorée pour ces derniers, mais qu’au bout du compte les différences d’ancienneté demeurent.

Insistons sur le fait que ces données concernent les salariés en fin de carrière. Les anciennetés sont donc naturellement élevées. Par comparaison, en 1998, le travailleur américain moyen restait chez le même employeur une durée de 6,6 années, selon Peter Auer, économiste au Bureau International du Travail (ici ).

Mais concernant les évolutions, l’auteure note que beaucoup de travaux de recherche confirment ce type de résultat. Par défaut en quelque sorte. Les travaux américains ne produiraient en effet aucune preuve solide que la durée, la stabilité ou la sécurité d’emploi subissent des changements significatifs. Pour l’auteure, cela contredit l’idée courante, popularisée par la presse, que l’emploi est aujourd’hui fragilisé, que l’insécurité s’accroît et que les salariés doivent s’attendre à ce que leurs carrières impliquent désormais de changer d’employeur. L’auteure ne cache pas les difficultés qu’il y a à synthétiser en une conclusion simple les multiples résultats de recherche disponibles dans la littérature académique ; d’autant que les indicateurs utilisés ou les divers groupes de main-d'œuvre étudiés ne supportent pas nécessairement les mêmes conclusions. Quoi qu’il en soit, on observe bien un accroissement du turnover de la main-d'œuvre, particulièrement lorsqu’il s’agit de changements d’emploi involontaires. Mais de tels changements ne seraient ni de grande ampleur, ni ne s’inscriraient dans la longue durée, en tout cas pas suffisamment pour parler d’un vrai bouleversement de la nature de la relation d’emploi.

Tout cela rappelle bien entendu la controverse qui s’est nouée en France sur le « déclin » des marchés dits « internes, c’est à dire l’atrophie des aires d’emploi protégées de l’insécurité et gouvernées par des régulations autres que celles du marché. On se reportera par exemple aux travaux du CERC (http://www.cerc.gouv.fr/rapports/rapport5cerc.pdf ) et de nouveau à ceux de Peter Auer (ici). Non seulement ce dernier ne note pas de changement fondamental de la durée de l’emploi en Europe, mais il ne note également pas de convergence avec le modèle américain, qui se caractérise depuis longtemps par une relation d’emploi de durée comparativement plus courte. En 1998, le travailleur américain moyen restait chez le même employeur une durée de 6,6 années. En 2002 le travailleur allemand moyen y restait 10,7 ans, le français 11,3 ans et le britannique 8,1 ans. Cette caractérisation des spécificités américaines et européennes n’est pas un phénomène nouveau, bien au contraire.

Ann H. Stevens n’aborde pas cette dimension comparative internationale, elle se limite à observer que la relation d’emploi ne paraît pas évoluer sur le long terme aux États Unis. On admet facilement aujourd’hui que la relation d’emploi est plus fragile, moins sécurisée qu’auparavant. C’est en tout cas le sentiment général. Cela reste pourtant une hypothèse en discussion.

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Commentaires

A titre d'information, une autre étude sur les Etats-Unis, consacrée pour l'essentiel à la durée du travail, à lire ici :

http://travail-chomage.site.voila.fr/us/us_duree_travail.htm

La durée du travail est en moyenne de 34 heures par semaine aux Etats-Unis, à comparer avec une durée de 36 h en France, de 32 h en Grande-Bretagne et de 29 à 36 heures dans les principaux pays européens, pour l'ensemble des emplois à temps plein et à temps partiel.
Ces valeurs peuvent surprendre. Elles proviennent pourtant des statistiques officielles de chaque pays et elles donnent une idée plus exacte de la réalité que les statistiques habituelles limitées aux seuls emplois à temps plein.

La durée moyenne du travail est de 33,9 heures par semaine aux Etats-Unis, pour l'ensemble des emplois du secteur privé non agricole.
Le contraste est important entre le domaine de la production de biens, où la durée du travail est élevée (40,1 h) pour une faible proportion d'emplois (19,8 % des emplois), et celui des services privés, où la durée du travail est faible (32,5 h) pour une forte proportion d'emplois (80,2%).
Le contraste est encore plus grand entre le secteur des ressources naturelles et des mines (45,6 heures par semaine pour 0,6% des emplois) et celui des loisirs et de l'hébergement (25,7 heures par semaine et 11,5% des emplois).

D'autres séries statistiques, donne une durée plus faible de 27,7 heures au lieu de 33,9 heures pour l'ensemble des emplois.
Cet écart de 18% en moins s'explique peut-être en tenant compte d'une part des absences pour maladie et autres motifs assimilés (taux de 3,2%), d'autre part des jours fériés, congés payés et autres congés.

Une comparaison de la durée annuelle du travail en France et aux Usa, tenant compte de la durée hebdomadaire du travail et des absences pour congés et jours fériés, donne une durée effective du travail de :
- 33,9 heures x 47 semaines = 1594 heures par an aux Etats-Unis,
- 36,3 heures x 45 semaines = 1634 heures par an en France.

Un autre tableau, sur la structure de la population selon son type d'activité, met en évidence une partie du chômage caché.

En 2006, le nombre officiel de chômeurs est de 7 001 000 pour une population active de 151 428 000 personnes, soit un taux de chômage de 4,6%. Cependant, 4 786 000 personnes souhaitent avoir un emploi et sont classées dans la population inactive. Ces personnes ne peuvent obtenir un emploi, sont prêtes à travailler mais sont découragées et n'effectuent pas les démarches pour être inscrites comme demandeurs d'emploi.

Pour mieux mesurer la réalité du chômage, ces personnes doivent être réintégrées parmi les chômeurs (11 787 000) et dans la population active (156 214 000). En se limitant à cet élément, le taux de chômage apparent de 4,6 % se transforme en un taux de chômage réel de 7,5%.

D'autres éléments, non étudiés, augmentent encore le taux de chômage. Celui-ci, à un faible niveau en 2006, va beaucoup augmenter avec la prochaine récession (en 2007 aux Usa).

Ecrit par : Camille | 11.03.2007

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